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Ingo Nature, des vêtements made in Cévennes

Depuis 2013, Ingo Nature confectionne des vêtements bio et équitables. L’atelier, basé dans le petit village de Saint-Etienne Vallée française, en Lozère, crée des collections originales qui sont diffusées, au-delà des marchés et des salons d’artisanat, dans deux boutiques en France : à Gordes dans le Vaucluse et Cotignac dans le Var. Entretien avec l’une des fondatrices de cette jeune entreprise cévenole, Clémentine Lemaître, qui forme avec Brigitte Longuevergne, un duo de femmes plein(es) de bonnes idées !

Ingo Nature, tous droits réservés

Ingo Nature, tous droits réservés

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Comment est né Ingo Nature ?
« Enfant déjà je voulais être créatrice de mode. J’ai toujours fait de la couture. Ma rencontre avec Brigitte Longuevergne, une créatrice de vêtements bio basée dans les Cévennes, m’a donné l’envie de me lancer. Ingo-Nature est né en 2013. »

En quoi consiste précisément votre activité chez Ingo Nature ?
« Je fais tout! Du dessin des modèles, en passant par leurs confections, jusqu’à leurs commercialisations. C’est ça aujourd’hui être styliste! »

Quelles sont ses idées phares ?
« Des matières naturelles, des teintures végétales, et de la création artisanale. »

Quel est le statut de votre société ?
« Je suis en auto-entreprise pour l’instant. Mon compagnon m’aide et je travaille en collaboration avec Brigitte Longuevergne. »

IMG_8788Comment et où se déroule la production des vêtements ?
« L’idée est de maîtriser la chaine de fabrication pour s’assurer de la qualité. La production commence par le jardin, avec la mise en culture de plantes tinctoriales, indigo, cosmos… et les balades en nature pour récolter plantes sauvages et écorces. Ces plantes servent à donner des couleurs naturelles, sans chimie de synthèse. Je teins principalement de la soie que j’achète en rouleau. J’utilise aussi du lin et du coton issus des filières biologiques. La confection est faite dans mon atelier.

C’est donc une production très localisée où le travail manuel est fortement valorisé. »

Quels types de textiles proposez-vous ?
« Des soies, du lin et du coton, chaîne et trame principalement. J’aimerais aussi travailler la maille avec des jerseys de laine qui se teignent très bien avec les teintures végétales. »

S’agit-il de pièces uniques ?
« Je réalise principalement des pièces uniques, des très petites séries (une dizaine de pièces), et aussi du sur-mesure. Je travaille beaucoup par commande. »

A qui s’adressent vos collections ? Et quels sont vos circuits de distribution ?
« Mes collections s’adressent aux hommes et aux femmes qui souhaitent allier élégance et conscience. Ce sont des gens sensibles à la qualité du vêtement, à son originalité et à l’artisanat. Ils adhèrent au concept, s’y reconnaissent et me soutiennent. Je commercialise essentiellement sur des marchés artisanaux et sur des salons. Je souhaite aujourd’hui développer les ventes notamment en boutique et à l’international. »IMG_8834

Quelles ont été les difficultés rencontrées dans la réalisation ce projet ? Et quelles sont encore les difficultés rencontrées à l‘heure actuelle ?
« Plusieurs difficultés se sont présentées. La première, qui nous affecte tous, est la mauvaise conjoncture économique. L’artisanat d’art en a pris un coup. Mon entreprise se développe tout doucement et je ne peux envisager d’investir ou d’embaucher. L’activité est encore au stade de la « survie ».
La deuxième concerne la teinture végétale : j’ai choisi de teindre par « fermentation », (la cuisson est la méthode classique). Cette technique ancestrale a l’avantage d’être économe en énergie : il n’est pas nécessaire de cuire. Il n’y a pas non plus à ajouter de mordant au bain (alun, cuivre, chrome…) pour fixer les couleurs. Malheureusement les savoir-faire se sont perdus. Les notions de base me viennent de Brigitte qu’elle tient elle-même de la teinturière Anne Rieger. Ensuite, c’est de l’expérimentation et de la pratique. Toutefois, cette approche empirique est très intéressante. »

Qu’est-ce qui, au contraire, vous a semblé le plus facile dans cette démarche ?  

« Faire le choix de l’écologie, tout simplement. J’ai toujours rêvé de lancer ma ligne de vêtements, mais en suivant le credo de l’industrie textile polluante et exploitante, cela me semblait insensé. Le modèle que m’a proposé Brigitte m’a semblé évident. C’est le déclic qui m’avait manqué jusque là. »

Quels sont vos projets pour l’entreprise ?
« Je travaille à la création d’un partenariat franco-taïwanais avec d’autres artisans cévenols. L’idée est celle d’un échange artistique et technique autour de l’artisanat textile. Il subsiste un grand savoir-faire tinctorial sur cette île, mais plus encore qu’en France, l’artisanat et les pratiques ancestrales ont été balayés par l’industrialisation. Nous partirions pour Taïwan à l’hiver 2016. Étudiants et professionnels taïwanais engagés dans le projet nous retrouveraient à l’automne 2016. J’ai hâte!
D’ici deux ou trois ans, j’aimerais aussi proposer au public des stages de teinture et de couture, et créer un jardin conservatoire de plantes tinctoriales en partenariat avec le Parc National des Cévennes. »

Quelle est la signification du nom de votre société, « Ingo nature » ?
« Ingo est la contraction d’indigo; ce nom naît de l’envie de créer le « bleu des Cévennes » issu du Polygonum Tinctorium que je cultive. Cette plante originaire d’Asie s’accommode parfaitement avec le climat cévenol et ses terres acides. »IMG_8775

Votre démarche est sans nul doute une démarche engagée. Prenez-vous part à d’autres actions équitables ou solidaires, au-delà d’Ingo Nature ?
« Je fais partie de la pépinière des Ateliers d’Arts de France. Ce syndicat agit sur tout le territoire français pour accompagner et défendre les intérêts des artisans d’art. C’est aussi un label de qualité. Je suis également membre de l’association « la Toison d’Art » qui promeut l’artisanat textile en fibres naturelles. C’est très important pour moi de participer à un réseau actif de professionnels, cela permet d’échanger sur les pratiques, les démarches administratives, les lieux d’expo… Ils portent un regard avisé sur mon travail et me conseillent. Je ne me sens pas isolée ou découragée si je rencontre une difficulté. Je fais aussi partie de l’association « Nature & Progrès ». Cette association est portée sur l’alimentation et l’agriculture biologiques. Les réunions donnent lieu à des échanges autour des techniques de jardinage : paillage, cultures associées, permaculture… que j’applique de plus en plus aux plantes tinctoriales. Je suis bien entourée! »

Pourquoi avoir choisi les Cévennes pour développer votre activité ?
Je suis particulièrement attachée aux Cévennes parce que j’y suis née! Sans doute que mon enfance cévenole m’a rendue sensible à la nature, à la pureté des paysages et à un mode de vie respectueux de l’environnement. Je suis partie faire mes études dans des grandes villes françaises et à l’étranger, mais mon cœur est toujours resté en Lozère. Aussi, quand Brigitte m’a proposé une collaboration, m’implanter dans les Cévennes m’a paru une évidence. Ici, la nature regorge de plantes tinctoriales et c’est un haut lieu de la soie! »

IMG_6018Un message particulier pour les lecteurs de Journalter ?
« A l’écoute des médias classiques, il semblerait impossible de s’habiller « français ». Or, sur les marchés et les salons, je rencontre beaucoup de petits créateurs qui proposent des produits de qualité. Mais ils rencontrent de grandes difficultés pour vendre et pour se faire connaitre. Notre société est dissonante! Je suis convaincue que l’artisanat est une réponse à la crise économique et sociale. Il développe l’esprit entrepreneurial, crée de la confiance et de la proximité entre le fabriquant et le consommateur, perpétue des savoir-faire…
En France, les habitudes de consommation changent (manger bio, local…) mais le réflexe reste encore trop rare dans l’habillement. Pourtant il s’agit de la même démarche : respect du travail, confiance, environnement. Je remercie donc Journalter de faire le lien, de mettre au jour des initiatives, qui j’espère, trouveront écho. »

Propos recueillis par Marion.


Pour en savoir plus :

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2 réflexions sur “Ingo Nature, des vêtements made in Cévennes

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