interview/loisirs/rencontre

Des jeux éco-conçus made in France

Bioviva, la maison d’édition de jeux éco-conçus et fabriqués en France située à Montpellier, fêtera bientôt ses 20 ans. Rencontre avec l’un des membres de son équipe, Michael Rambeau, qui a accepté de se prêter au jeu de l’interview avec nous…

Comment s’est construite la maison Bioviva ?

« Bioviva a été fondée en 1996 par Jean-Thierry Winstel, ingénieur agronome de formation. J’y suis pour ma part depuis une quinzaine d’années. C’est une maison qui s’est lancée avec peu de moyens et beaucoup d’envie. L’objectif premier était de faire des jeux respectueux de la nature et centrés sur l’environnement, autant dans la forme que dans le fond. La toute première réalisation est donc un jeu de questions/réponses sur la nature. Il s’agit du jeu Bioviva, proche d’un Trivial Pursuit, mais ne portant que sur la nature. Pour aller au-delà du simple jeu de questions/réponses, on avait décidé d’associer un commentaire à chaque réponse, ce qui permettait d’apprendre en s’amusant. Ce jeu a été « éco-conçu » dès le départ : utilisation de papier recyclé, d’encres végétales, etc. Cela n’a d’ailleurs pas été évident de trouver des partenaires disposés à travailler de cette façon, en 1996. »

Votre gamme de jeux s’est-elle élargie à d’autres thématiques ?

« Au-delà de la nature et de l’environnement, nos jeux se sont effectivement ouverts, depuis quelques années, sur d’autres thématiques : les sciences, l’histoire, les cultures, l’homme… on s’oriente d’ailleurs en ce moment vers le « bien-être humain ». Dans cette perspective, on a développé toute une gamme d’ « activités pour grandir », pour que l’enfant s’épanouisse. Cette nouvelle gamme de jeux s’appelle « J’aide mon enfant à… ». Ces jeux ont été réalisés en collaboration avec des pédo-psychiatres. Ce sont des petits moments que les parents peuvent partager au quotidien avec leur(s) enfant(s) pour qu’il(s) se sente(nt) mieux. On propose par exemple : « J’aide mon enfant à avoir confiance en lui », « J’aide mon enfant à développer sa créativité », « à dépasser ses peurs », etc. Ce sont des jeux axés sur le développement personnel. »

Quelques exemples de jeux Bioviva…

Vos jeux sont donc réalisés en collaboration avec des spécialistes des domaines abordés.

« Oui, la réalisation des jeux se fait bien souvent en partenariat avec des experts : jeu sur les dinosaures validé par des paléontologues, travail avec des entomologistes pour un jeu sur les insectes, etc. Tous les jeux sont également testés. Pour ce faire, Bioviva a développé des partenariats avec des écoles et des centres aérés. Selon l’âge, les tests vont également être effectués entre adultes, et entre nous, tout simplement. On part d’un prototype papier – carton pour faire les premières parties de test. Le jeu se constitue ainsi, petit à petit, après plusieurs réglages, ajustements… et ce, jusqu’à la finalisation de l’écriture des règles ».

Comment se passe la réalisation matérielle du jeu ?

« On travaille avec un imprimeur partenaire situé dans la Drôme. C’est le premier qui nous a fait confiance et qui a accepté de jouer le jeu avec des matériaux recyclés en 1996. Il a produit au total une centaine de jeux (il y a en aujourd’hui une cinquantaine en vente). L’éco-conception, ainsi que toutes les techniques de production, ont donc été travaillées ensemble dès le départ. »

Combien de temps vous faut-il, en moyenne, pour réaliser un jeu ?

« Cela dépend du jeu. Un petit jeu de cartes peut se faire en trois mois ; un gros jeu de société représente un an de travail. Mais les jeux de la gamme « J’aide mon enfant à… », par exemple, ont également demandé une bonne année de travail car il y a beaucoup de contenu. »

Combien de personnes la production des jeux Bioviva nécessite-t-elle ?

« Une dizaine de personnes travaille aujourd’hui à la conception des jeux à Montpellier, alors que nous étions 2-3 au départ. Entre 10 et 15 personnes travaillent toute l’année sur la fabrication des jeux Bioviva dans la Drôme. Cela fait donc un peu plus de 20 personnes impliquées au total. Ça commence à faire du monde ! »

A qui s’adressent les jeux Bioviva ?

« Nos jeux se destinent à tous les publics, de 3 à 103 ans ! On réalise évidemment des jeux dédiés aux tout-petits (de 3 à 5 ans) qui sont plus simples, mais pas dénués de message pour autant : on essaie toujours d’y mettre un « vrai fond ». Il y a aussi des jeux pour les pré-ados (7-11 ans) et des jeux familiaux (8 ans et +) où enfants et adultes vont pouvoir jouer ensemble. »

Où vos jeux sont-ils diffusés ?

« Dans les magasins de jouets, les magasins culturels… Si nos jeux sont distribués via les grandes chaînes (La Grande Récré, FNAC, Cultura, etc.), ils sont également diffusés dans beaucoup de boutiques indépendantes (magasin de jeux sur Montpellier comme Lud’M, librairies indépendantes, magasins bio et éthiques…). Par contre, nous ne diffusons pas en grande surface pour l’instant. Nos jeux ont peut-être un peu trop de valeur ajoutée pour les réseaux de masse (on y trouve surtout des jeux en plastique, pas forcément de très bonne qualité…). Bioviva reste sur une diffusion spécialisée qualitative. »

Quelles ont-été les difficultés rencontrées ?

« Il y en a eu beaucoup ! Le fait d’être tout petit, ce n’est pas facile. On est effectivement parmi les plus petits acteurs du monde de l’édition du jouet. Et même si la marque commence à être connue, on passe encore souvent derrière les « gros » éditeurs plus traditionnels . On a donc surtout rencontré des contraintes dans la distribution. Ce n’est pas toujours évident de placer des produits en magasin.  Il a aussi fallu apprendre à faire de bons jeux ! Je ne vous dirai pas que les 100 jeux édités dans notre histoire sont tous parfaits. Il y a eu quelques erreurs et produits moins réussis. Mais, comme on apprend de ses erreurs, nos jeux actuels ont aujourd’hui atteint un très bon standard de qualité. 

Les coûts de production ont également été une difficulté majeure. Une fabrication en France, c’est forcément un peu plus cher qu’une fabrication en Chine. Il faut donc trouver des astuces de fabrication pour réduire les coûts. Par exemple, il arrive souvent qu’on n’imprime pas au dos des boîtes mais que l’on insère à la place une feuille tenue par le blister. Ce sont des astuces de conception qui n’entament en rien la qualité du produit. Et puis, petit à petit, en gagnant en notoriété et en vente, on arrive à rattraper un petit peu par le volume le coût important des productions au départ. »

Alors, quel est votre secret pour faire un bon jeu ?

« Le côté ludique est le plus important. Il faut apprendre à faire des jeux amusants qui parlent à tout le monde, avec une approche assez simple. Il s’agit aussi de s’adapter : il faut pour cela savoir se remettre en question en permanence. Par exemple, la façon de faire les jeux aujourd’hui est différente ; elle n’est pas la même qu’il y a 5 – 6 ans. Tout change très vite. Aujourd’hui, les gens ont moins de temps, ça zappe beaucoup plus ! Il a donc fallu raccourcir les durées de jeux. Avant, on pouvait faire des parties qui duraient une heure, une heure et demie. On est très loin maintenant de ce qui se faisait à l’époque du Monopoly. La question du prix aussi est importante. Les prix ont baissé. Il y a quelques années, il n’y avait pas de problème pour vendre un jeu à 40 euros pour Noël. Maintenant, 30 euros, déjà, c’est assez cher. Un prix moyen de jeu pour Noël aujourd’hui, c’est plutôt de l’ordre de 20 euros. Bref, il faut essayer d’être en phase avec les besoins des publics. »

Pouvez-vous nous présenter l’un de vos jeux ?

« L’un de nos derniers jeux, Playa playa, est un jeu collaboratif où les enfants s’entraident pour nettoyer la plage de ses déchets avant que la mer ne monte et ne les emporte. A chaque tour, un lancer de dé détermine si le joueur peut tenter d’enlever un déchet de la plage pour le mettre à la poubelle ou bien si la mer monte. Et pour les plus grands, la poubelle globale est remplacée par trois bacs de tri sélectif. Cela est très éducatif tout en restant vraiment ludique. »

Playa-Playa, l'une des dernières créations de Bioviva, pour apprendre à nettoyer la plage en s'amusant !

Playa Playa, l’une des dernières créations de Bioviva : nettoyons la plage de ses déchets avant que la mer ne les emporte !

Mais au fait, quelle est votre activité au sein de l’équipe ?

« Je suis un peu multi-tâches. Officiellement, je suis directeur commercial de Bioviva. Je me rends sur les salons de jeux, je commercialise auprès de certains comptes clés en France (les grandes chaînes). Je travaille aussi à l’export. Mais je suis aussi auteur de jeux ! Je fais également parfois un peu de communication, un peu de marketing…»

Vous parlez d’export. Au-delà du territoire français, où peut-on trouver les jeux Bioviva ?

« Nos jeux sont traduits en espagnol, en anglais, en italien, en allemand. Cette année, on commence l’export en République Tchèque. On vend aussi en Slovénie, au Canada (Québec principalement), en Belgique et en Suisse, et enfin, en Australie. Cela fait une quinzaine d’années que Bioviva exporte. »

Quels sont les projets, les nouveaux objectifs pour Bioviva ?

« Développer l’export est l’un de nos objectifs principaux. Développer la thématique de l’ « humain », aussi. Et puis, faire plus de jeux « personnalisés », comme ceux que l’on a déjà développés pour certains acteurs du tourisme : Vulcania, Puy du fou… Ce sont-là de vraies pistes de développement. Enfin, continuer de faire de bons jeux, essayer d’étonner chaque année. Et surtout, continuer de se faire plaisir ! »

Propos recueillis par Kattia et Marion  –  Photo : Mathias Chauvy


Pour en savoir plus :

Lien vers le site et la page Facebook de Bioviva

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