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« J’veux du soleil », rencontres à Montpellier (1/2)

Jeudi 21 mars, sous le soleil d’une après-midi paisible, étudiant.es et personnes de tous horizons s’étaient rassemblé.es sur le campus de l’Université Paul Valéry de Montpellier pour rencontrer François Ruffin à l’occasion de la sortie de son film J’veux du soleil, mais aussi et surtout, pour écouter Carine, Marie ou encore Michel, venu.es parler de leurs conditions de travail difficiles, de leurs petits salaires, de leurs galères du quotidien. Un échange à la conclusion sans appel : la lutte pour la justice sociale doit rassembler davantage !

Journaliste et rédacteur en chef du journal picard Fakir, député de la première circonscription de la Somme, documentariste, essayiste, François Ruffin a toujours eu à cœur de « représenter les gens », bien souvent celles et ceux que l’on ne voit pas, dont on ne parle pas, ou trop peu. On pourrait dire que les Gilets jaunes (au cœur de son dernier film J’veux du soleil, depuis les ronds-points d’Amiens jusqu’à ceux de Montpellier) sont toutes ces personnes que François rencontre depuis des années, dont il s’applique à diffuser les témoignages dans ses articles, dans ses discours à l’Assemblée.  Pour lui, ce mouvement est le moment où « les plus invisibles deviennent hyper-visibles, où les muets, les hésitants deviennent bavards, où les plus résignés (…) se mettent à être empreints d’espérance ».

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Rencontres à l’Université Paul Valéry (Montpellier III) autour du journaliste-député François Ruffin

« Valoriser les métiers du tendre »

Carine

Carine, auxiliaire de vie scolaire (AVS), accompagne des élèves en situation de handicap ou aux besoins particuliers :  enfants hyperactifs, avec des troubles du comportement, enfants autistes… Peu d’interlocuteurs, pas ou très peu de formation, des contrats précaires, le travail d’AVS, pourtant indispensable à ces élèves aux besoins particuliers, est peu valorisé : Carine explique toucher 700 euros à la fin du mois pour 24 heures d’accompagnement par semaine. Et même si cette situation n’est pas juste, « quand on aime l’humain, on a envie de continuer, on le fait pour les enfants. »

Marie

« Marie, c’est l’héroïne de mon film sur Montpellier (…) D’ailleurs le film se termine à Montpellier et il se termine avec Marie » précise François Ruffin avant de la faire monter sur scène. En tant qu’auxiliaire de vie sociale (le sigle AVS a donc deux significations), Marie s’est occupée de personnes âgées et handicapées. « J’ai un truc en plus, c’est que je suis seule avec trois enfants donc c’était un peu compliqué pour les horaires. Je les voyais plus pour aller travailler… ».

Marie dénonce également un salaire trop bas : « Quand on me payait, c’était une blague ! C’était très, très peu pour beaucoup de responsabilités. Je trouve pas ça normal (…) Je trouve pas ça normal non plus que ce soit des personnes [les directeurs/trices des établissements ou structures d’accueil des personnes dépendantes] plutôt motivées par la finance qui s’occupent de gérer ça. Ils facturent très cher les prestations à ces personnes et nous paient très peu. »

Pour François Ruffin, il faut, au contraire, valoriser ces métiers – « les métiers du tendre, les métiers de l’entraide »: auxiliaires de vie sociale, accompagnant.es pour enfants en situation de handicap mais aussi assistant.es maternelle, aides soignant.es…

« Ce sont les métiers les plus utiles qui sont les plus dévalorisés ! Il y a une inversion à produire dans notre société pour qu’on ne paie plus les traders, les publicitaires mais qu’en revanche on puisse payer les Marie, les Carine (…) Si on tolère cette situation aujourd’hui, c’est, à mon avis, parce que ce sont des métiers essentiellement féminins ».

Ces métiers sont effectivement en grande majorité féminins (85% de femmes soit 2 millions de françaises) et on le sait,  les inégalités de genre et la précarité des femmes sur le marché du travail sont encore étroitement liées en France.

« Plus ça va, moins on cherche les fraudeurs. »

Michel

Salarié de Sanofi, quatrième groupe pharmaceutique mondial, premier de France, Michel témoigne, honteux des mensonges et des pratiques de son entreprise : « Sanofi aujourd’hui s’illustre plus pour des procès pour négligences… » Michel cite notamment l’affaire des vaccins contre la dengue aux Philippines. Le gouvernement philippin a en effet engagé des poursuites contre six responsables de Sanofi dans une enquête sur le décès d’enfants qui avaient reçu le vaccin contre la dengue du groupe en 2017. « Ils ont vendu leur vaccin et il y a des enfants qui sont morts ». Michel évoque également le scandale de la Dépakine, un anti-épileptique accusé d’avoir causé de graves malformations et des troubles mentaux chez des milliers d’enfants dont les mères prenaient ce médicament durant leur grossesse.

« Depuis 1980, ils le savent et ils l’ont pas dit, tout ça pour engranger l’argent. Et ils ne veulent pas débourser un centime pour indemniser les victimes ! Nous, on travaille à l’intérieur de cette boutique, on est scandalisés. ».

Mais le scandale ne s’arrête pas là. Michel poursuit en évoquant le rejet de matières dangereuses issues de la production de cette même Dépakine dans l’une des usines de fabrication de Sanofi, à Mourenx (64). L’été dernier, la fédération des associations françaises de protection de la nature et de l’environnement,  France Nature Environnement, avait d’ailleurs alerté sur la toxicité des émissions de ces substances, menaçant non seulement l’environnement mais aussi la santé des riverains.

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Michel

Puis Michel évoque les « restructurations » de Sanofi, celles qui s’accompagnent de la suppression de milliers de postes. Licenciements d’autant plus injustes que la multinationale continue d’augmenter les dividendes de ses actionnaires : « Il paraît qu’on est en crise, il paraît que nos entreprises ont été en difficulté : depuis 25 ans nos actionnaires sont augmentés chaque année. » François Ruffin précisera plus tard : « C’est 4,8 milliards d’euros de dividendes. Ça fait 70 ans de Téléthon.(…) On peut toujours aller faire la manche auprès des français tous les ans mais ces 4,8 milliards-là, ils pourraient servir à soigner les maladies orphelines, à soigner l’épilepsie, à chercher des remèdes contre des troubles de l’autisme… il y aurait plein de choses possibles à faire en matière de santé avec ces 4,8 milliards d’euros. » Michel dénonce également les salaires démesurés de ses dirigeants qui refusent par ailleurs de payer leurs impôts en France. C’est le cas pour son directeur général qui « touche 46 000 euros par jour. » Il s’oppose également au versement des Crédits d’Impôts (C.I.C.E) dont bénéficie l’entreprise :  « On n’a pas besoin de toucher des crédits d’impôts quand on fait autant de bénéfices ! « .

Anne

Anne, enseignante de mathématiques en REP (Réseau d’Education prioritaire) mentionne le Rapport public annuel de la Cour des comptes paru le mois dernier dont elle résume l’une des conclusions avec cette formule, on ne peut plus claire : « Plus ça va, moins on cherche les fraudeurs. » Elle ajoute : « Par contre, comme vous le savez, le gouvernement a décidé d’embaucher des gens pour fliquer les chômeurs parce que ce sont eux qui seraient responsables du trou dans les caisses… » Professeure consciencieuse, Anne a apporté son matériel pour faire une petite démonstration. Elle déroule sous nos yeux un premier ruban bleu : « Si on prend pour échelle 1 millimètre pour 1 million d’euros, la fraude des chômeurs – c’est-à-dire les quelques personnes qui ne déclarent pas tout de suite leur changement de situation, lorsqu’elles ont retrouvé du travail, par exemple – c’est 17 cm (178 millions d’euros par an). On peut ajouter à ça la fraude à la Caisse des Allocations Familiales (CAF), 30 cm (290 millions). Au total on a donc 47 cm. En revanche, des entreprises – Sanofi ou autres –  qui trichent sur les cotisations sociales, c’est 20 milliards. Et la fraude fiscale, 80 milliards. Et là, je vais avoir besoin de votre aide ! » Deux autres personnes rejoignent Anne pour l’aider à finir sa démonstration. Le second ruban, rouge, s’étend sur 100 mètres.

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Anne

« Il y a un devoir, pour chacun d’entre nous, d’agir. »

Même si le soutien des français pour le mouvement des Gilets jaunes est en baisse, une majorité de français l’appuie encore. Mais le soutien « à distance », le soutien « silencieux » ne suffit pas. François Ruffin signale l’immense absence de « la classe intermédiaire » c’est-à-dire « celle des intellectuel.les, des étudiant.es, des avocat.es, des juristes… » précise-t-il. Pour le journaliste-député, il est important de ne pas laisser face-à-face la « minorité oligarchique » et la « minorité Gilets jaunes ».

« Il y a un devoir, pour chacun d’entre nous, d’agir. C’est le moment ! Je pense que c’est une urgence, une urgence pour vous, pour nous, pour nos enfants. « 

Les échanges se terminent ainsi sur ce message : la lutte est urgente et elle doit rassembler davantage !


Pour en savoir plus sur le film J’veux du soleil :

https://www.fakirpresse.info/IMG/pdf/4pages.pdf

Lien vers « J’veux du soleil, rencontres à Montpellier (2/2) »


Propos recueillis par Marion

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