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Culture en crise : à Alès, le Cratère occupé

A la suite de l’appel à l’occupation des théâtres, qui a débuté par celle de l’Odéon à Paris, plus de cent lieux culturels ont aujourd’hui repris vie en France.

A Alès, c’est la scène nationale Le Cratère qui accueille aujourd’hui un groupe hétérogène réunissant jusqu’à une centaine de personnes – certain.es dorment sur place, d’autres reviennent tous les jours, certain.es encore ne font que passer. Cet ensemble est composé principalement des travailleurs.euses du monde du spectacle (artistes, circassien.nes, comédien.nes, technicien.nes, musicien.nes) mais pas uniquement : militant.es, précaires, sympathisant.es se sont également joints au mouvement.  Parmi les personnes présentes depuis le début, Nicole, l’une des occupantes, a accepté de nous raconter toute la vie qui s’y est instaurée depuis bientôt un mois, dans une dynamique joyeuse et positive.

Garantir les droits du travail

« Le mouvement est né en lien direct avec la réouverture des lieux culturels et le droit aux gens du spectacle de travailler quand même », explique Nicole, qui précise que l’objet de ce mouvement s’est rapidement élargi au refus total et à la demande de retrait absolue et définitive de la réforme de l’assurance chômage, qui devrait rentrer en vigueur au 1er juillet 2021. A l’issue d’une année blanche imposée par la crise sanitaire, cette réforme semble en effet être le coup de grâce pour les travailleurs.euses d’un monde du spectacle déjà extrêmement fragilisé.

La politisation du travail mené dans les lieux culturels est assumée mais modérée : l’idée n’est pas d’être de tous les combats, mais de défendre les droits de personnes qui se retrouvent ici affectées par la crise. A ce titre, la mixité des occupants du Cratère est une force : « C’est à partir de ce mélange-là que l’on défend nos idées. On fait en sorte de toujours réfléchir et de trouver des solutions collectives. Il existe plein de solutions individuelles qui peuvent être intéressantes, mais l’idée est plutôt de construire des liens et de conserver cette solidarité sur le long terme. »

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Il est intéressant de se pencher sur l’ébullition créative que permet ce moment, mais pour les occupant.es, la priorité est bien de se nourrir. «  Ce que l’on fait aujourd’hui, ce n’est pas du travail, ce n’est même pas du bénévolat, c’est du militantisme ». Si d’autres formes artistiques voient le jour, si des créations naissent de ces occupations et de l’émulation collective qui y prend vie, elles ne pourront aboutir et pleinement se réaliser qu’après le rétablissement des conditions de vie des artistes et salarié.es de la culture. La réouverture des lieux culturels et la rémunération décente des personnes qui les font vivre en sont le premier préalable. Plus globalement, ce sont tous les « intermittents de l’emploi », ceux, de tous les secteurs, dont les salaires et les droits sont attaqués par la crise sanitaire et la politique menée au travers notamment de la réforme de l’assurance chômage, qui sont défendus ici.

Un lieu réinventé « où tout se mêle »

Les espaces sont bien délimités pour respecter les règles sanitaires : l’équipe du Cratère a pu ainsi conserver certains aménagements « d’avant » et quelques résidences d’artistes sont toujours en cours. Un sens de circulation a été mis en place afin d’éviter que les personnes ne se croisent. Au sein du Cratère, les journées des occupant.es sont bien remplies, rythmées par les actions qui s’enchaînent dans une ambiance joyeuse et presque studieuse. Des réunions quotidiennes se sont instaurées pour gérer les questions liées à la cohabitation (ménage, organisation, etc.). Tous les jours se tiennent aussi une assemblée générale et des actions de diffusion d’informations en ville. Toujours sur un ton joyeux et bienveillant, ces actions non violentes sont conduites en dehors du Cratère pour retrouver le public dans les lieux où il est possible de se rassembler : tractage dans les halles du marché, opérations dansantes et sportives dans les supermarchés de la ville, distribution de soupe devant le McDo, etc.

 « Jusqu’au confinement, on faisait des « agoras » tous les midis, il y avait pas mal de monde qui passait. Depuis, nous avons arrêté et avons trouvé d’autres formes d’informations qui ne nécessitent pas d’attroupements : tracts, discussions avec les gens, etc. Nous ne sommes pas juste des hurluberlus ! Dans nos actions revendicatives, on peut redéployer des choses mais ce n’est pas pour faire du spectacle. Quand on va dans les supermarchés, c’est parce qu’il n’y a qu’à ces endroits qu’on a le droit de s’agglutiner. Pour que le message passe, il faut que ce soit joyeux, festif, « dérisionnant », humoristique voire subversif : on touche plus de gens en déployant de la joie.»  

Ce n’est pas le public habituel de ces artistes du monde du spectacle, mais le message est plutôt bien perçu : plusieurs commerçante.s expriment leur soutien, les passants s’arrêtent, observent, discutent, s’interrogent… Lors de ces moments conviviaux, le but est de provoquer la discussion, la réflexion, le rire aussi.



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D’autres activités naissent également de cette occupation. Un habitant nous décrit : «  Ici, tous les soirs, ça enregistre, ça chante, ça travaille, ça écrit ». Ainsi, dans le théâtre s’est installée une radio libre qui retransmet depuis près d’un mois de la musique mais aussi des captations de micro-trottoirs, des interviews, des poésies, des contes. Les bulletins de l’occupation du Cratère sont aussi, chaque semaine, l’occasion de prendre des nouvelles et de lire les textes qui s’y créent : 

« Au début, c’était pour rire, ou plutôt pour ne pas pleurer, une idée farfelue mais avec le temps je comprends, nous commençons réellement à réinventer cet espace pour en faire un lieu où tout se mêle : expression théâtrale, musicale, sociale, partage d’instants de vie, de rire, de révolte… Des ponts se créent entre tout ça, et ça a du sens. Nous nous réapproprions ce théâtre où se jouaient les grandes œuvres sélectionnées par une poignée de personnes sûrement bien intentionnées mais qui ne représentent pas la diversité des gens. Ici, non seulement nous pensons, nous réfléchissons à notre futur mais nous le construisons dès à présent. » (Extrait du bulletin d’occupation du Cratère N°4, 2 avril 2021). 

« Tout le monde a le droit, voire le devoir, de venir au Cratère ! » conclut Nicole. Pour écouter, voir, discuter, partager, un accueil est assuré à toute heure. Pour plus de renseignements, les occupant.es peuvent aussi être contacté.es à distance par l’intermédiaire d’une adresse mail créée à cette occasion mais aussi via leur groupe Facebook « Occupation Cratère Alès ».



Crédits photo : *Occupation Cratère Alès*, Tous droits réservés.

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